Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Sorties 2020


Les joies du confinement (Vivarium)

 

En ces temps de confinement chez soi, Vivarium, qui en décrit les joies de manière sarcastique, prend une résonance particulière. Il a été dit un peu partout que le deuxième long-métrage de l'irlandais Lorcan Finnegan ressemble à un vieil épisode de la Quatrième dimension et c'est exact. La critique de notre société consumériste est limpide et distillée avec une dose d'humour noir et cinglant, vrai aussi. Le problème du film apparait au bout d'une grosse demi-heure quand les personnages n'en peuvent plus de tourner en rond au même titre que le scénario qui ne trouve pas d'éléments suffisamment neufs pour nous sortir de la routine maussade et anxiogène de ce couple piégé. Et le dénouement, en forme de boucle, ne suscite pas vraiment de surprise. Ceci dit, il faut louer la cohérence stylistique de l'ensemble, ses qualités esthétiques et sa froideur assumée. Cette parabole fait la part belle à l'interprétation des deux principaux personnages du film et cela tombe bien car Imogen Poots et Jesse Eisenberg sont réellement impeccables. Peut-être eût-il fallu un grain de la folie dans la mise en scène et la narration, avec davantage d'audace dans son aspect fantastique pour que Vivarium échappe à une sorte de tranquillité cauchemardesque ? Un bon point supplémentaire à noter, malgré tout : inclure un morceau de XTC dans le générique de fin est une preuve de très bon goût.

 

 

Classement 2020 : 30/57

 

Le réalisateur :

 

Lorcan Finnegan est né le 25 mai 1979 à Dublin. Il a réalisé Without Name.

 


28/03/2020
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Sois ménagère et tais-toi (La bonne épouse)

 

La bonne épouse nous entretient d'une époque qui parait si lointaine mais ne l'est pas tant que cela, quelques mois avant la Révolution de 68. En ce temps-là, fleurissaient les écoles ménagères dont le but était de former des épouses parfaites, soumises et fières de leur condition d'esclaves domestiques. Pilier n°1 de l'éducation : "la bonne épouse est avant tout la compagne de son mari, ce qui suppose oubli de soi, compréhension et bonne humeur." En résumé : sois une bonne ménagère et tais-toi ! De ces préceptes d'un autre âge, le film de Martin Provost, dont les films parlent toujours d'émancipation féminine (Séraphine, Violette), fait évidemment son miel, forçant presque jusqu'à la caricature dans les premières minutes, histoire de bien poser la situation. Le côté documentaire et réaliste de La bonne épouse avec la formation dispensée dans cette école ménagère nourrit tout le début du film et permet à la fiction de prendre ses droits, un peu avec ses élèves adolescentes mais surtout avec son trio d'enseignantes, volontairement montrées comme des archétypes (la BCBG, la vieille fille et la religieuse) dont la confrontation avec de jeunes femmes potentiellement rebelles ne peut que faire des étincelles. Avec son rythme soutenu et ses dialogues crépitants, le film tient ses promesses de comédie euphorisante et colorée, à l'écriture impeccable, même avec quelques menues facilités narratives au passage, et une évocation précise de quelques icônes de l'époque (de Ménie Grégoire à Guy Lux, en passant par Adamo et Yvonne de Gaulle). La troïka à la tête de l'école ménagère est incarnée par des actrices en état de grâce dont l'enthousiasme à composer leurs personnages est palpable. Yolande Moreau est comme toujours inénarrable et Juliette Binoche est formidable en bourgeoise coincée mais c'est Noémie Lvovsky, en nonne pète-sec, qui mérite tous les superlatifs. Dommage que ces trois-là ne puissent concourir qu'aux César 2021, on leur aurait donné immédiatement un prix collectif d'interprétation féminine.

 

 

Classement 2020 : 14/56

 

Le réalisateur :

 

Martin Provost est né le 13 mai 1957 à Brest. Il a réalisé 7 films dont Séraphine et Sage femme.

 


14/03/2020
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Cheffe de rayon (Radioactive)

 

La vie de Marie Curie, cette génial cheffe de rayon, est un roman passionnant qui inspire les cinéastes depuis le très académique Madame Curie de Mervyn LeRoy (1943) dont l'actrice principale, Greer Garson, ressemblait beaucoup à la Marie Skłodowska nouvelle de Radioactive, également britannique, Rosamund Pike. Oui, tout le monde parle en anglais dans le biopic de Marjane Satrapi, production internationale oblige, et la pilule a tout de même du mal à passer. Pour le reste, le ton est à l'hagiographie un brin convenue, nonobstant des intrépides sauts dans le temps, après la mort de Marie Curie, pour montrer que les plus belles découvertes scientifiques peuvent aussi déboucher sur des utilisations dévoyées et tragiques pour l'humanité. Vu la quantité de choses à raconter sur la vie de cette femme illustre, le film ne peut que survoler les événements et si tout y est, ou presque, il peine finalement à montrer la véritable Marie Curie, hormis pour son statut d'icône féministe, qui est bien entendu davantage une lecture actuelle que de l'époque où elle vécut, bien que, à la décharge de Radioactive, l'inimitié qu'elle suscita en tant que "voleuse" d'hommes et étrangère est relativement bien illustrée. Depuis qu'elle a délaissé le cinéma d'animation, Marjane Satrapi a du mal à convaincre, notamment dans ce dernier film où le mélange de réalisme sage, de reconstitution figée d'époque, de fantaisie et de discours politique s'avère un peu difficile à digérer quoique le spectacle, dans son ensemble, ne soit pas désagréable. Pour autant, ceux qui connaissent mal cette héroïne apprendront davantage en consultant sa notice dans Wikipédia.

 

 

Classement 2020 : 43/55

 

La réalisatrice :

 

Marjane Satrapi est née le 22 novembre 1969 à Rasht (Iran). Elle a réalisé 5 films dont Persepolis et The Voices.

 


13/03/2020
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En plein chaos social (Trois étés)

 

Chronique du chaos social brésilien, peu de temps avant l'arrivée au pouvoir du redoutable Bolsonaro, Trois étés se place d'emblée du côté des exploités (les domestiques) dans une lutte des classes qui va changer d'âme avec de nombreux arrestations de corrompus (les élites). Le film de Sandra Kogut prend ainsi des allures de conte libertaire où l'auto-gestion remplace les rapports habituels de maîtres à "esclaves", sujet si souvent traité dans le cinéma brésilien. Au passage, dans sa tonalité et ses thématiques, Trois étés n'est pas sans rappeler La règle du jeu de Renoir, toutes proportions gardées. Scindé en trois parties, comme son titre l'indique, à l'époque charnière de Noël et de la fin de l'année (l'été dans l'hémisphère sud), le film est assez fréquemment elliptique et allusif, parfois de façon excessive, ce qui peut nuire à la bonne compréhension des faits et ne contribue pas à fluidifier un ensemble dont la rigueur de mise en scène n'est pas la principale qualité. Au demeurant, l'idée principale de Sandra Kogut est de suivre sans la lâcher sa pétulante et énergique héroïne, Mada, gouvernante d'une famille bourgeoise, femme à tout faire et commandante en chef d'une armée de domestiques bien dépourvue quand la crise est venue. Le film peut compter sur l'excellence et le charisme de l'actrice Regina Casé, sorte de Noémie Lvovsky, tropicale, mais le long-métrage pâtit de cette obsession à toujours coller à ses basques avec sa propension à s'exprimer de manière prolixe, en toutes circonstances. Trois étés penche vers la comédie sarcastique et ironique mais sans que la réalisation réussisse à suivre dans cette veine, trop arc-boutée sur une raideur un peu scolaire dans récit trop manichéen tant le portrait des nantis semble un tantinet caricaturale et atrophiée, en tous cas insuffisamment étayé.

 

 

Classement 2020 : 25/54

 

La réalisatrice :

 

Sandra Kogut est née en 1965 à Rio de Janeiro. Elle a réalisé Mutum et Campo Grande.

 

 


12/03/2020
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Il était un foie en Tunisie (Un fils)

 

Le cinéma tunisien témoigne d'une excellente forme ces temps-ci avec Noura rêve (intimiste), Un divan à Tunis (désopilant) et Un fils (stressant). Trois manières de sonder l'état des lieux du pays, même si, dans le cas du dernier, l'année où l'action se passe est 2011, alors que le voisin libyen est à feu et à sang (cela a son importance dans l'intrigue). Si le réalisateur, Mehdi M. Boursaoui, se défend d'avoir voulu faire un film à suspense, c'est pourtant bien son aspect de thriller qui rive le spectateur à son siège dans le dilemme qui se pose à un couple, alors que leur fils a été grièvement blessé dans un attentat terroriste et a besoin d'une transplantation d'urgence. Une situation gravissime qui fait ressortir un secret familial bien gardé et qui permet au récit de jouer sur plusieurs tableaux : intime, social, politique et sentimental. Il y est question notamment de trafic d'organes, de foies en l'occurrence, sujet épineux traité de manière directe. Le scénario a été peaufiné pendant 6 à 7 années et cela se voit tant son écriture est brillante, dans une ambiance ouvertement stressante et donnant du grain à moudre à ses deux interprètes principaux qui livrent une performance impressionnante. Cela n'étonne pas du toujours remarquable Sami Bouajila, au côté duquel la peu connue Najla Ben Abdallah, qui a surtout joué pour la télévision, se hisse largement à son (haut) niveau.

 

 

Classement 2020 : 13/53

 

Le réalisateur :

 

Mehdi Barsaoui est né le 23 mai 1984 à Tunis. Il a réalisé 3 courts-métrages.

 


11/03/2020
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En rose et noir (Oskar et Lily)

 

Le résumé d'Oskar et Lily et les toutes premières minutes du film ne sont guère engageantes : deux enfants d'origine tchétchène et leur mère sont sur le point d'être expulsés, une tentative de suicide s'ensuit et le frère et la sœur sont séparés. Tristesse totale mais c'est précisément là que le film surprend en oscillant ensuite sans cesse entre le rose et le noir, la première teinte étant d'ailleurs la plus réussie, nourrie de toute la tendresse du réalisateur Arsh T. Riahi, iranien mais résident autrichien depuis ses 10 ans, et pour qui les mots de réfugié et d'exil ont un sens. La traduction du titre allemand (On reste encore un peu) donne d'ailleurs le ton, avec une fantaisie, une poésie et un onirisme très présents pour contrebalancer le caractère dramatique, pour ne pas dire tragique, du récit. Au passage, le long-métrage montre d'ailleurs avec une certaine ironie, ou malice, comme on voudra, que les autrichiens "de souche" sont largement plus inadaptés socialement que les petits réfugiés et largement plus névrosés. Le film est à hauteur d'enfant et ressemble souvent à un conte, certes cruel, qui joue peut-être un peu trop avec l'empathie du spectateur mais c'est toujours mieux que les quelques moments mélodramatiques que le cinéaste traite avec une certaine lourdeur. Mais grâce à l'impeccable interprétation de ses jeunes comédiens, une mise en scène pleine d'originalité (avec quelques coquetteries de style, c'est entendu) et un montage parfait avec deux histoires,parallèles, Oskar et Lily est une vraie bonne surprise alors que la faible exposition du film dans les salles françaises le confine hélas à une certaine confidentialité.

 

 

Classement 2020 : 9/52

 

Le réalisateur :

 

Arash T. Riahi est né le 22 août 1972 en Iran. Il a réalisé Pour un instant, la liberté.

 


10/03/2020
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Mue tropicale (La danse du serpent)

 

Longtemps terra incognita du point de vue cinématographique, l'Amérique centrale commence à enfin faire connaître ses productions, d'abord dans les festivals à travers le monde, puis grâce à une distribution plus large. C'est principalement le cas pour deux pays : le Guatemala et le Costa Rica. C'est de cette dernière contrée, qui n'est pas qu'un eldorado touristique, que provient La danse du serpent, le premier long-métrage de Sofia Quiros Ubeda. Le scénario n'est pas le point fort d'un film qui délaisse assez souvent le réalisme, malgré la réussite des scènes qui en sont empreintes, pour le côté magique et surnaturel que l'on retrouve très souvent dans la littérature et le cinéma latino-américains. L'histoire du changement de peau de l'adolescente, héroïne du film, et sa progression vers l'âge adulte, sont chargées d'un nombre de symboles impressionnant, à l'image de la mue des serpents, animaux très présents dans cette danse qui oscille entre la vie et la mort. Il y a de très beaux moments entre la jeune fille, incarnée avec un grand talent par le jeune actrice Smashleen Gutiérrez, et son grand-père, mais aussi de nombreux passages panthéistes qui rappellent forcément un certain Weerasethakul. Ce n'est pas que trop de poésie tue la poésie mais le film ne serre pas assez sa trame narrative pour convaincre pleinement même si l'on se trouve bien dans cet univers onirique aux accents tropicaux. La nature est luxuriante et somptueuse au Costa Rica, c'est une évidence, mais le récit de La danse du serpent lui fait la part trop belle au détriment d'une histoire qui aurait pu être développée de manière plus tangible, sans perdre pour autant son aspect cosmique.

 

 

Classement 2020 : 35/51

 

La réalisatrice :

 

Sofia Quiros Ubeda est née le 4 juillet 1989 à Buenos Aires. Elle a réalisé 3 courts-métrages.

 


08/03/2020
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Suivez ce bâtard ! (Where is Jimi Hendrix)

 

Le mur de Berlin est tombé mais celui de Nicosie, toujours pas, séparant les communautés grecque et turque de Chypre (l'Etat auto-proclamé de Chypre du Nord n'est reconnu par aucun pays, hormis la Turquie). Sujet épineux que le cinéaste chypriote Marios Piperides a eu la bonne idée de traiter en comédie politique, prouvant s'il en était besoin l'absurdité d'une situation figée depuis plus de 40 ans. Le film prend prétexte des pérégrinations d'un chien bâtard nommé Jimi pour nous faire cheminer des deux côtés du mur en ajoutant quelques ingrédients assez savoureux pour pimenter son intrigue. Le ton est donc à la légèreté dans un contexte grave et Where is Hendrix a suffisamment de péripéties à raconter pour que le résultat soit des plus plaisants. Il y a bien quelques sautes de rythme de ci, de là, mais le film, dans son ensemble, ne manque pas de chien. Les métrages chypriotes ne courent pas les rues, c'est déjà une bonne raison pour découvrir Where is Hendrix qui a de plus le mérite d'expliquer clairement un problème géopolitique qui semble insoluble.

 

 

Classement 2020 : 31/50

 

Le réalisateur :

 

Marios Piperides est né en 1975 à Nicosie (Chypre). Il a réalisé 2 couts-métrages et 1 documentaire.

 


07/03/2020
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Dans la terrible jungle (Monos)

 

Deuxième long-métrage de fiction du colombiano-équatorien Alejandro Landes, Monos fait inévitablement penser à Sa majesté des mouches avec ses adolescents guérilleros en fuite dans la jungle, accompagnés d'une otage américaine. La narration linéaire et traditionnelle intéresse peu le réalisateur qui préfère nous immerger dans un univers militaire et néanmoins ludique, par certains côtés, et surtout le plus souvent halluciné. Monos possède des moments de grande fulgurance et même de beauté barbare, contrebalancés par des séquences outrées où le but semble être d'abord de nous en mettre plein la vue et les oreilles (l'accompagnement sonore est phénoménal). Le scénario en lui-même obéit à une progression dramatique vue des dizaine de fois dans ce type de films (l'isolement du groupe, les luttes pour le pouvoir, la menace ennemie, l'évasion de l'otage, etc) mais Monos parvient à nous étonner par sa dinguerie, sa violence et des instants plus tendres, sans oublier à l'occasion l'usage d'un humour parfaitement dévastateur. On pressent que le tournage a dû être épique avec ces jeunes interprètes totalement investis dans une aventure hors normes. A part cela, le film souffre du même mal que 90% des longs-métrages actuels, à savoir son incapacité à conclure, avec une fin qui n'est pas ouverte mais béante, laissant en plan la majorité de ses protagonistes. Une preuve supplémentaire que Monos est moins un récit qu'une expérience incantatoire et sensorielle dans la jungle, cette terrible jungle !

 

 

Classement 2020 : 15/49

 

Le réalisateur :

 

Alejandro Landes est né en 1980 à Sao Paulo. Il a réalisé Porfirio.

 


06/03/2020
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La messe de l'imposteur (La communion)

 

L'histoire est incroyable mais vraie. En Pologne, un garçon de 19 ans, censé travailler dans une menuiserie en guise de réhabilitation après un crime, a remplacé pendant plusieurs semaines un prêtre de campagne y compris lors des offices religieux. Cette affaire d'imposture est racontée dans La communion par Jan Komasa, réalisateur polonais qui s'est imposé en deux films seulement, avec une efficacité remarquable, en mettant l'accent sur le charisme de son personnage interprété avec un réalisme presque inquiétant par le jeune Bartosz Bielenia, sûrement une graine de star. Loin d'être un brûlot contre la religion, La communion s'immisce dans une petite communauté avec subtilité, montrant de quelle manière ce faux homme d'Eglise parvient à se faire accepter voire même à fasciner lors de ses prêches. Plus intéressant encore, le film rend très complexe la psychologie de l'imposteur, partagé entre sa nature violente, son désir de rédemption et son excitation à tenir une population en son pouvoir. Remarquablement rythmé, non dénué d'humour corrosif, La communion est un film hautement recommandable, urbi et orbi.

 

 

Classement 2020 : 6/48

 

Le réalisateur :

 

Jan Komasa est né le 28 octobre 1981 à Poznan (Pologne). Il a réalisé 4 films dont La chambre des suicidés.

 


05/03/2020
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